Un dernier ver ?

Un recueil de nouvelles de Michel Thauvoye

 

 

Couverture un dernier ver

Un dernier ver ? recueil de nouvelles, Michel Thauvoye, ISBN: 978-2-930659-48-0, 15 € (photo de couverture Massimo Bortolini)

Photo 4emeMichel Thauvoye (un verre - vide - à la main)

La quatrième:

Prenez garde à ceux qui s’insinuent dans votre vie comme le ver dans un fruit, à l’instar du ténia glissant dans vos entrailles, ils vous boufferont de l’intérieur !

 

L’existence de Michaël, le fil rouge de ce recueil, n’aurait-elle pas été plus tranquille sans ces parasites, ces individus qui vont s’installer dans sa vie pour l’empoisonner, la gâcher, la détruire ? Même s’il est vrai que lui-même n’est pas totalement clean…

 

En nous proposant Un dernier ver ?, Michel Thauvoye nous replonge dans son univers où humour noir et cynisme sont les principaux ingrédients d’une sauce qui ne manque pas de piment.

Pourtant, en grattant un peu, on pourrait trouver quelques fragments d’humanité.

 

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Extrait de la nouvelle Le badinage est un sport d'Eglise

 

Jacques est mon père et il n’entrait pas dans mes intentions de le rendre heureux. C’est pourtant ce qu’il m’a demandé en débarquant à l’improviste hier soir. C’était bien la dernière personne que je m’attendais à trouver sur le seuil quand j’ai ouvert la porte. Notre dernière rencontre remontait à plusieurs mois et s’était soldée par une dispute mémorable. À bien y réfléchir, la plupart de nos rencontres se terminaient de la sorte.

Alors, le retrouver face à moi, un sourire béat aux lèvres, avait de quoi surprendre. D’autant plus qu’il s’est jeté dans mes bras, m’étreignant à m’en faire perdre le souffle.

- Michaël, quel bonheur de te voir.

Méfiance.

- Si tu me disais ce qui t’amène, papa ?

Il m’a regardé et, l’espace d’un instant, son sourire s’est effacé.

- Ainsi donc selon toi, je devrais avoir une raison pour venir te rendre visite. Dis-moi Michaël, tu ne me crois pas capable d’avoir tout simplement envie de te revoir, de ressentir la joie de retrouver ma famille ? Dis-le-moi franchement, Michaël.

J’avais plus d’un doute, en effet.

- Je sais, a-t-il repris sans me laisser le temps de répondre, que je n’ai pas toujours rempli mon rôle à la perfection. J’étais un père aimant, mais maladroit. Crois bien que je le regrette amèrement.

Je ne rêvais pas, le type dont les absences avaient bercé mon enfance, celui-là même qui n’avait jamais pensé qu’à lui, éprouvait des remords. Allait-il sur sa lancée présenter des excuses ?

J’en étais à me demander si par politesse je ne devais pas l’inviter à s’asseoir, si tout compte fait je n’allais pas ouvrir une bouteille pour fêter nos retrouvailles, quand il m’a tendu une photo.

- En vérité, tu n’as pas vraiment tort, Michaël, je ne suis pas là par hasard. Regarde.

La fille avait une trentaine d’années, de longs cheveux blonds, des yeux bleus et un sourire éclatant. Une image qui semblait tout droit sortie d’un magazine.

- Elle est belle, non ? a demandé mon père.

D’accord, mais où voulait-il donc en venir ?

- Quoi, ai-je ricané, tu comptes peut-être me la présenter ?

- Évidemment que je vais te la présenter.

C’était amusant, jamais je n’aurais imaginé mon père en entremetteur. Qu’il me serve sur un plateau l’occasion de mettre fin à cette année de célibat ne pouvait que me réjouir.

- Elle s’appelle Léa…

J’adorais déjà ce prénom.

-…et on va se marier.

J’en suis resté sans voix, abasourdi, pris de vertige, à deux doigts de m’affaler sur la moquette. J’en rajoutais, évidemment, mais allez prendre de bonne grâce une telle nouvelle. Et dire que trois secondes plus tôt à peine, je m’apprêtais à louer sa bonté.

- Tu plaisantes, papa ? ai-je fini par balbutier.

- Pourquoi ?

- Pourquoi ? Tu me demandes pourquoi ?

J’ai brandi la photo.

- Cela saute aux yeux, me semble-t-il. Elle a l’âge d’être ta fille, mon âge en définitive, si tu veux bien y réfléchir une seconde.

- Je ne te savais pas si vieux jeu, Michaël.

- Là n’est pas la question.

- Elle est où la question, alors ?

J’avais un genou en terre, mais ne comptais pas m’effondrer. Faire bonne figure, relever la tête, reprendre la main et, quoi qu’il puisse en coûter, empêcher ce mariage.

Puis, il s’est approché, a passé le bras autour de mon épaule.

Et m’a littéralement achevé.

- Mon bonheur serait complet si tu acceptais d’être mon témoin.

(....)

 

Pour en savoir plus à propos de Michel Thauvoye et son premier livre publié par Cactus Inébranlable: http://cactusinebranlableeditions.e-monsite.com/pages/acheter-nos-livres/catalogue/l-important-c-est-la-sauce.html

 

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