Totems et tributs - Ben Parva

Totems et tributs - Ben Parva

 

Parution en octobre 2018

 

Il y a chez Parva un souffle de Pierre Desproges qui se serait reproduit avec Raymond Queneau et Georges Perec. Ce garçon a tout pour plaire. (L'éditeur)

Couverture totems et tributs 17102018

Totems et Tributs, (articologie littéraire potentielle appliquée), Ben Parva, P'tit Cactus # 46, format 10/18,5, ISBN 978-2-930659-85-5, 9 €

 

Ben Parva est né sous un nom d'emprunt au petit matin du 13 juin 1971. Il a depuis gardé la nostalgie du précédent millénaire et éprouve les plus hautes difficultés à s'insérer dans l'avenir actuel. Mais, en gros, ça ne le dérange pas.

Au mitan des années 70, il apprend à lire et à écrire. Très vite persuadé qu'il s'agit du meilleur moyen de communication depuis l'invention de la lapidation, il s'engage dans la voie de la narration avec des mots. Cependant, il est rapidement rebuté par l'aspect purement fonctionnel du langage, ce qui l'amène à explorer des chemins littéraires exaltants et parfaitement invendables. Son objectif littéraire est limpide : la gloire, les femmes et l'alcool de luxe qu'apporte le succès artistique. Ou s'amuser, le doute subsiste.​

Notons que Ben Parva fabrique également des images - pour la gloire, les femmes et l'alcool de luxe que le succès artistique apporte - ou pour s'amuser, le doute subsiste.

•••••

Cet ouvrage compile des articles rédigés par Ben Parva entre 1978 et 2015, alors qu'il n'était connu que des spécialistes, pour le compte de diverses revues littéraires qui auraient pu voir le jour si quelqu'un avait pensé à les créer. Aujourd'hui universellement célébré pour son sens de la posologie et sa contenance médiatique, Parva tient des chroniques dans des hebdomadaires si renommés qu'il est bien inutile de les citer ici.

Le grand public le découvre avec Sémiotique et symptomatologie, œuvre majeure qui, dit-on, aurait ébloui Benveniste, au point que Josef Dobrovský, dans un célèbre courrier daté de mai 1990, dut lui rappeler qu'ils étaient tous deux trop morts pour s'emballer comme des gamins. Parva se spécialise alors dans l'articologie littéraire, allant jusqu'à tenir, à partir de juin 2005 et jusqu'en août 2005, un blog dont la notoriété suscitera l'intérêt croissant de ses étudiants en métalinguistique appliquée aux infratropes, ainsi que la crainte des écrivains morts de le voir se pencher sur leur œuvre. C'est à cette époque que Victor Hugo. Et peut-être Stéphane Mallarmé.

En 2016, enfin, vient la consécration, puisque son nom est cité au mariage d'un ami de sa sœur.

•••••

Extrait:

Saint Acace et la bonté divine

 

En cet après-midi de l'an 1243 de l'Incarnation, le jeune Acace, fils de Jénéas et Pirine, propriétaires de la taverne de la rue des Bœufs-Éclatés (aujourd'hui boulevard Saint-Germain), médite. Il a douze ans et vient de se faire battre à coup de bâton de pèlerin par un touriste qui n'a pas su trouver la tour Eiffel. Le touriste mécontent parti, Acace remarque que celui-ci a laissé choir sa bourse. C'est une révélation : le mal peut engendrer le bien. Le futur saint Acace comprend la bonté divine et entend y faire carrière. Ses parents le battent pour avoir laissé partir le client sans payer. Il garde la bourse et quitte le foyer.

Acace cherchera refuge auprès de Robert de Sorbon, chanoine de Cambrai, résidant à l'époque à l'auberge de la Vache Enragée. Mais celui-ci lui conseille de revenir dix ans plus tard, car la Sorbonne n'a pas encore été créée. Acace hésite : retourner chez ses parents ou mourir de faim, de froid et de vermine dans un gourbi de la Vache Enragée ? Il choisit le gourbi et remercie Dieu de l'avoir doté d'une intelligence supérieure.

Cette période, que ses hagiographes nommeront Années du Gourbi, sera intellectuellement très prolifique pour Acace qui y met au point, de façon déjà précise, l'essentiel de sa théodicée. Malheureusement, comme il ne sait pas encore écrire, il est obligé de tout retenir, ce qui lui provoque plus d'une grave inflammation de la tête. Mais Acace tient bon car il sait, et pour cause, qu'au bout de ces souffrances, Dieu a placé un trésor.

En 1253, Acace se présente rue Coupe-Gueule, emplacement de la Sorbonne. La tête enflée, crevassée, la sanie lui coulant des yeux, des narines et des oreilles, il fait peur à ses condisciples. Il apprendra à lire et écrire avec Robert de Sorbon, lequel pressent les capacités théologiques du jeune homme.

Ayant enfin trouvé un lieu accueillant, sachant désormais écrire, Acace se met en devoir de rédiger sa somme, Theodicalis sommus mundi malum bonum[1] (notons que l'apprentissage tardif du latin fut délicat pour Acace, et que l'urgence qu'il ressentait à délivrer son message au monde, ainsi sans doute qu'à se purger la tête, explique quelques solécismes. Puis passons courtoisement ; ce ne sont pas nos oignons). En même temps, il fait semblant de suivre les leçons, mais rien ne lui sert d'apprendre : il sait tout ce qu'il doit savoir et remercie Dieu de lui avoir accordé ce don en lui sacrifiant quelques chats (les vierges sont hors de prix pour un pauvre écolier).

 

[1]    Théodicée et explication du mal et du bien dans le monde ;  Paris, 1255. (Trad. Acace-latin : Ph. Dubois ; trad. latin-français : T. Kzkimlin)

Photo de l'auteur frigorifié

Se rechauffe

 
 

​Ben Parva sévit aussi dans Décalage Immédiat : https://www.facebook.com/D%C3%A9calage-imm%C3%A9diat-1836195856605441/?__tn__=%2CdK*F-R&eid=ARB-Jg5vW60HrkYvmxyY7yDbWyyU13ns4Emy2dmX6qcX2wsQfAc877qdtKc9kojPxELiFOqH7rd3A5d4

•••

Jean-Philippe Goossens nous parle du livre et de son auteur:

IL EST PINCÉ PAR ICI, IL REPASSERA PARVA.

Ben Parva , est né en 71, soit la même année que la sortie de « Laisse-moi tes mets » de Mike Brant. Comme par hasard.

Abandonné sur une chambre à air de Peugeot 204 et déposé sur la Deûle, il est recueilli par un couple de castors qu’il finira par bouffer. Aidez un vilain…

Il survit en se nourrissant de déchets jetés par les maraîchers. Pris de passion pour les chicons, Il écrit pour Jacques Brel son célèbre « Le plat de pays qui est le mien » qui commence par ces mots « Avec l’amer du Nord pour dernier terrain vague », ode remarquable aux chicons au gratin.

Je brûle les étapes parce qu’on s’en fout et qu’il fait froid, tombé en panne d’inspiration suite à une overdose de béchamel, il sombre dans la déparvation et subtilise les mémoires de Saint-Acace dans la salle du trésor de la Basilique Sainte Marie-Pauline de Roubaix, mémoires qu’il publie sous son nom propre, le saligaud. Extrait :

« En cet après-midi de l'an 1243 de l'Incarnation, le jeune Acace, fils de Jénéas et Pirine, propriétaires de la taverne de la rue des Bœufs-Éclatés (aujourd'hui boulevard Saint-Germain), médite. Il a douze ans et vient de se faire battre à coup de bâton de pèlerin par un touriste qui n'a pas su trouver la tour Eiffel. Le touriste mécontent parti, Acace remarque que celui-ci a laissé choir sa bourse. C'est une révélation : le mal peut engendrer le bien. Le futur saint Acace comprend la bonté divine et entend y faire carrière. Ses parents le battent pour avoir laissé partir le client sans payer. Il garde la bourse et quitte le foyer. »

Il se fait pincer justement pour plagiat et est condamné à des travaux forcés dans une blanchisserie du Chinatown lillois. Une comptine s’en est d’ailleurs inspirée : 
Il est pincé par ici, il repassera Parva.

Je ne saurais trop vous conseiller ce fabuleux « Totems et tributs » que je n’ai pas lu, paru chez Cactus Inébranlabe Editions, en vente dans toutes les bonnes librairies et les mauvaises, aussi pour la somme risible de 9 euros.
Voilà. C’est tout.

Jypi

 

 

 

 

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site