Squelettes au haras

 

Jean-Philippe Querton

En état de légitime démence publie un nouveau bouquin

Squelettes couverture 26082014

Squelettes au haras, Jean-Philippe Querton, Collections Les p’tits cactus, ISBN 978-2-930659-26-8, 88 pages, 7 €

Tout a commencé avec le ‘’Momoqueur’’, un envoi quotidien d’aphorismes à quelques amis.

Non, tout a commencé avec la lecture d’Achille Chavée et de Louis Scutenaire.

Ou alors tout a commencé avec La Nuit de la Belgique Sauvage de la bande à Stas.

À moins que ce ne soit la création de Cactus Inébranlable qui ait déclenché le processus.

En tout cas, depuis que ça a commencé, ça ne s’est plus arrêté. L’aphorisme est pour lui la forme la plus réjouissante de l’art d’écrire. Il implique la fulgurance, l’apparente inutilité, la brièveté et un exercice de l’esprit jubilatoire qui crée le sourire ou la grimace chez le lecteur.

 

La quatrième de couverture:

Querton est un littéraire : il a commis 11 bouquins, en a édité 27 de 30 auteurs différents, il a diffusé 553 momoqueurs, ce qui, à raison de 2 aphorismes par livraison représente plus de 1100 phrases ; il a entamé l’écriture d’une vingtaine de romans et rédige un dictionnaire à paraître en 2025.

Pour un futur mort, c’est un bon vivant : sa femme est 18 ans plus jeune que lui, mais mesure 8 centimètres de plus, il a 4 enfants, un petit-fils, 3 beaux-fils et une belle-fille ; il possède une incomparable collection d’ex-belles-sœurs.

Les bonnes années, il boit 45 casiers de Chimay bleue, il pèse environ 95 kilos, son squelette compte 270 os dont deux palatins et deux zygomatiques en bon état de marche, par contre ce seraient plutôt les tarses et métatarses qui lui posent problème.

Il déteste les puzzles de plus de 30 pièces, possède environ 1500 livres, a exercé une dizaine de métiers différents et déménagé 9 fois. Il estime que toutes ces informations sont susceptibles de changer, sauf peut-être la différence d’âge et la taille de sa femme.

 

Sur le blog d'Éric Allard; on lit ceci:

 

SQUELETTES AU HARAS de Jean-Philippe QUERTON (Cactus Inébranlable éditions)

 

Piquant-fondant

Des aphorismes aux petits oignons qui m’ont fait penser à certains mets qui mêlent les saveurs et les valeurs, le croquant au moelleux... On parlera plutôt ici de piquant-fondant, de cru et de cuite.

De tendresse sous une couche de mordant.

La première partie du livre s’intitule Top chef et on n’oublie pas que Jean-Philippe Querton est l’auteur par ailleurs desTrésors de la cuisine du Hainautmais aussi de quelques romans au titres alléchants commeMortelle Praline ou Le poulet aux olives.

Il écrit : En matière de cuisine asiatique, je suis riz thaï et je le reste.

ou

L’amnésique ne mange que des légumes oubliés.

Avec un titre qui donne le ton, et des dessins de squelettes spirituellement légendés, on trouvera forcément du trépas dans ce recueil mais de la mort narguée, considérée plus en partenaire de vie qu’en adversaire.

Je n’ai pas envie de mourir mais cela ne me déplairait pas de crever.

Et des calembours joliment appelés variations homophoniques :

On ne parle pas assez de l’embarras de l’anchois.

Se faire cracher dessus, une déclaration de glaire ?

Sans compter les sections Livrés à domicilePipeule ou le Tour du monde en 80 mots qui régaleront  les amateurs d’onomastique:

Steve Jobs est mort. Mauvaise nouvelle pour les chômeurs.

Si l’Empire ottoman, en qui peut-on avoir confiance ?

La réflexion, le sens du monde comme il va infiltrent l’ensemble du bouquin, avec des coups de patte aux politiques et des signes de la main aux réprimés, aux laissés-pour-compte. De façon décalée, car nul pensum ici.

Mais on peut par exemple méditer longtemps sur : Un pauvre, c’est forcément quelqu’un qui a été volé.

Ou sur :

 La faim dans le monde, c’est vraiment un problème de satiété.

Squelette au haras comprend (c'est son côté Scarlett) sa part de sexe mais de sexe habile.  :

En panne décence elle se balade nue.

Quand elle dit qu’elle a des problèmes de pointe, ne jamais regarder ses seins.

Des moments de tendresse aussi, comme des arrêts de suspension des hostilités : J’aimerais pouvoir consoler les saules pleureurs.

Et un lot d'aphorismes désopilants, notamment ceux sur le gille de Binche ou le Mur des Lamentations…  

J’ai aussi apprécié les neuf(s) Contes à la con (qui m’ont fait penser à certains textes de Raymond Roussel) amenant dans un fauteuil des phrases du genre : la traversée de la mangue à la nage,cinquante nuances de craie ou (mon préféré) l’amant d’Arine Napoléon.

Ceux qui pensaient que l’auteur était en retrait derrière l’éditeur en seront pour leurs frais. Beaucoup de délicatesse dans ce recueil, et des choix assumés : Le cactus pique et ne s’excuse pas.

Avant, pour terminer, cette page de remerciements à tous ceux qui ont participé à l’aventure (depuis trois ans) du Cactus Inébranlable et la poursuivent. C’est touchant et pas si courant, cette attention à autrui à la faveur d’un ouvrage aussi personnel.

Éric Allard 

 

Une autre belle critique, signée Denis Billamboz

http://www.critiqueslibres.com/i.php/vcrit/43159

 

Squelettes au haras – Jean-Philippe Querton

12 octobre 2014 19h10 · Denis Billamboz

Je sors encore tout ébouriffé de ce recueil d’aphorismes, avec  Querton ça décoiffe, il dit les choses comme elles sont ou comme il les pense sans détours, sans fausse pudeur, sans circonvolutions inutiles et superfétatoires. Il traque l’absurdité, jongle avec les incongruités vocabularistiques et les occurrences littéraires étonnantes ou désopilantes. Anarchiste gourmet, amateur de bon vin comme des belles filles et des bons mots, Il empile les aphorismes, les calembours, les idées saugrenues pour dénoncer la bêtise ambiante, le bon sens oublié, pour le simple plaisir de faire des bons mots, pour narguer le bourgeois bien pensant, pour épater ses amis… J’ai souri, j’ai pouffé, j’ai ri, je me suis délecté, j’ai trouvé ce recueil bien trop petit, je suis arrivé à la fin bien trop vite. J’avais encore envie de déguster, de me régaler, de me marrer…

Mais je me console en me disant que la collection créée par Jean-Philippe Querton, « Les p’tits cactus », dans sa propre maison « Cactus inébranlables éditions » me fournira encore de jolis textes jubilatoires et d’autres bons mots. L’auteur-éditeur a en effet regroupé au sein de sa maison un équipage capable d’affronter n’importe quel temps. « Ce groupe et ce quarteron possèdent un savoir-faire limité et expéditif, mais ils ne voient et ne connaissent la nation et le monde que déformés au travers de leur frénésie. Leur entreprise ne peut conduire qu’à un désastre national… ». Euh, non Mon Général, vous vous  trompez de troupe, celle de Querton n’a rien à voir avec ce quarteron de généraux, ce ne sont que des joyeux drilles qui ne pensent qu’à vivre et à bien vivre en faisant rire les autres pour leur rendre la vie plus agréable !

Faites comme moi, en zigzaguant entre les squelettes (les  illustrations sont judicieusement choisies), cette cure de bonne humeur, buvez à la source de jouvence – « pour ce que rire est le propre de l’homme » disait le poète – et dégustez les épisodes loufoques du « conte à la con », avant de vous recueillir devant l’épitaphe du maître des lieux :

« Dans le fond de mon verre de Chimay bleue, traîne une certitude : celle qu’un jour, il y en aura une dernière.

Alors, pour éviter de boire l’ultime, je me précipite vers la suivante.

Et ça marche.

La preuve ! »

 

 

 

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site