La saga Maigros

La saga Maigros

 

Un article sur la Saga Maigros dans Le Soir du vendredi 20 juillet 2012, où le livre du jour, c'est LA SAGA MAIGROS, le bouquin d'Éric Dejager.

L'article est ici: la-saga-maigros-1.pdf la-saga-maigros-1.pdf

 

La saga Maigros en quelques mots

 La saga Maigros pourrait bien ne jamais trouver sa place dans le monde du polar. On y retrouve pourtant tous les ingrédients que les amateurs du genre apprécient : un inspecteur principal (qui travaille dans le grand Charleroi sous les ordres d’une commissaire divisionnaire et secondé par une équipe de quatre personnes) ; des assassinats crapuleux ; des attaques à main armée ; des enlèvements d’enfants ; des vols en tous genres ; du sexe, de l’alcool, des jeux de mots déplacés, etc. On y trouve tout sauf... des résultats ! Toutes les crapuleries commises restent impunies.

 

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 Le no-hero de ces cent aventures qui ne dépassent jamais deux pages n’est pas un inspecteur comme ceux que l’on a l’habitude de rencontrer dans les livres, les films et les séries TV. Il cumule jusqu’au paroxysme tous les petits défauts des privés et flics célèbres. Et il en entasse bien d’autres dont il ne rendra – peut-être – compte que lors du jugement du dernier des derniers.

 L’inspecteur principal Maigros est un personnage aussi abject que répugnant, aussi sordide qu’ignoble. Pourtant, aux dires des lecteurs abonnés à la saga qui paraissait sous forme de feuilleton sur le ’net, on finit par s’y attacher et par en redemander. Personnalité oxymorique ? Il n’a rien du bandit bien-aimé ni du flic ripou au grand cœur. Il est juste Maigros et n’en a rien à cirer de quoi que ce soit tant qu’on lui fout la paix et qu’on le laisse picoler, bâfrer, et... tout le reste.

 La saga Maigros est à déconseiller aux moins de six ans qui ne surfent pas encore sur le web, aux âmes sensibles quel que soit leur âge même si elles ne lisent plus Tintin, aux gnangnans, aux papes et papesses, à celles et ceux qui lisent du fast-book de gare à la sauce best-seller, aux critiques qui jugent un texte à l’aune du subjonctif imparfait et non pas à la quantité de néologismes à la découverte desquels leurs dents grincent comme les grandes lèvres d’une nonagénaire et leur estomac s’autoDAFe.

 Un livre que chacun ouvrira à ses risques et périls...

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Éric Dejaeger est né à Charleroi en 1958 et habite depuis toujours à la lisière du Pays Noir. Marié, père et grand-père, il est professeur d’anglais et de néerlandais depuis 1979.

 

Depuis son plus jeune âge, il se passionne pour la littérature. Il lit en moyenne cent vingt titres par an. Il s’occupe de microédition depuis 1990 (revue Écrits Vains et plaquettes Refusés jusqu’en 1999 ; revue Microbe et plaquettes Mi(ni)crobes depuis 2000). Il traduit régulièrement des auteurs anglo-saxons inconnus sur le vieux continent. Depuis 1981, plus de six cents de ses textes sont parus dans une petite centaine de revues, dont près de quarante dans l’irrévérent Fluide Glacial. Depuis 1996, il a publié une trentaine de livres et plaquettes en Belgique et en France dans différents genres : romans, poésie, aphorismes, contes brefs, lexiques détournés, nouvelles, théâtre, parodies de haïkus, listes « potachères ».

En 2001, dans sa préface à Élagage max... (Éd. Memor), Jacques Sternberg écrit : « Tu m’as immédiatement fait penser à un pro du raccourci, un virtuose de l’ellipse, un rechercheur, non pas des fioritures ou des arabesques, mais plus simplement de la chute finale, du choc imprévu. Ou même du gag brutal. » Cela résume assez bien la « philosophie » littéraire d’Éric Dejaeger : pourquoi faire long quand on peut faire court ? Pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple ? Et, surtout, pourquoi se passer d’humour quand il n’attend qu’à être couché sur le papier ? Quand il écrit, il va droit au but et ne peut s’empêcher d’utiliser l’humour, du blanc clair au noir foncé. Anarchiste impur et mou, individualiste forcené, il refuse catégoriquement les concessions aux modes et les étiquettes.

Ses principales références littéraires : Jacques Sternberg, Richard Brautigan, Achille Chavée, Marcel Mariën, André Stas, Norge, Louis Scutenaire, Charles Bukowski, Jean-Bernard Pouy, Jean Vautrin, John et Dan Fante, James Crumley, Céline, John Irving, Jim Harrison, etc.

 

Bibliographie de l'auteur.

 

Carnet d’extraits de calepins – Éd. des Carnets du Dessert de Lune (Belgique, 1996)

Petit lexique d’anthropoclastie – Éd. Gros Textes (France, 1998)

Instants puisés au soleil de Camargue – Éd. Clapás (France, 1999)

La pelouse à B. – Éd. des Carnets du Dessert de Lune (Belgique, 1999)

Quarante-trois Courts de la Méthode – Éd. Clapás (France, 2000)

Pris de rhum – La Plume Éd. (France, 2000)

Tales of Ordinary Poetry – Represst Editing (USA, 2000)

Tiny Shit – Éd. de l’Heure (Belgique, 2000)

Élagage max… (préface de Jacques Sternberg) – Éd. Memor (Belgique, 2001)

Petite excursion hors du pays des cons – Éd. de l'Heure (Belgique, 2001)

Poèmes réincarnés dans un orteil aimé – Éd. des Carnets du Dessert de Lune (Belgique, 2001)

Prose à hic (pré-textes de Jean Claude Bologne) – Éd. Gros Textes (France, 2001)

Jivarosseries – Éd. Memor, (Belgique, 2004)

Dans la vie à coups de pioche – Éd. Gros Textes (France, 2004)

Contes de la poésie ordinaire – Éd. Memor (Belgique, 2005)

La cité des fleurs fanées – Éd. Memor (Belgique, 2005)

Lexique d’anthropoclastie, version augmentée (préface de François Nedonema) – Éd. Gros Textes (France, 2006)

Les pensées d’un ortieculteur – Les Ateliers du Tayrac (France, 2006)

Maigrossesques (saison 1 – épisodes 1 à 13 - avec Ludovic Kaspar) – Éd. Tapuscrit (France, 2007, à télécharger)

Indigents de Dublin (recueil instantané) – Autoédition, tirage limité à 50 exemplaires (2008) 

La cité des fleurs fanées – Éd. Mijade (Belgique, 2008)

De l’art d’accommoder un prosateur cocu à la sauce poétique suivi de Règlement de compte à O.K. Poetry et de Je suis un écrivain sérieux – Les Éd. de la Gare (France, 2009) 

Trashaïkus – Les Éd. du Soir au Matin (France, 2009)

Prises de vies en noir et noir – Éd. Gros Textes (France, 2009)

Le seigneur des ânes – maelstrÖm réÉvolution (Belgique, 2010)

Je ne boirai plus jamais d’ouzo… aussi jeune (recueil instantané 2) – Autoédition, tirage limité à 65 exemplaires (2010)

Un Grand-Chapeau-Noir-Sur-Un-Long-Visage in Banlieue de Babylone (ouvrage collectif) – Éd. Gros Textes (France, 2010)

NON au littérairement correct ! (préface d’André Stas) – Éd. Gros Textes (France, 2011)

  

  La presse en parle:

"Autre saga à ne pas rater la Saga Maigros, d’Éric DEJAEGER (Cactus inébranlable éditions), un ignoble flic carolo, demeuré et alcoolo, que vous ne risquez guère d’oublier non plus. Tous les épisodes (100) ont pratiquement la même longueur car ils furent jadis - du moins pour la plupart - mis en ligne (sous forme de feuilleton sur le net) avec quelques contraintes (même formatage, même police de caractères, format A4 max pour la longueur). C’est effroyablement désopilant, pathétiquement vulgaire à souhait, crapuleusement grandiose, lamentablement sublimissime et l’on eût voulu que ça ne s’arrêtât jamais... "

André Stas, C4 janvier 2012, Stas Académy.

 

LA SAGA MAIGROS 

 

Éric DEJAEGER (1958 - ….)

 

Jarnidieu ! Quelle épopée ! Cette saga des temps modernes qui raconte la geste de l’inspecteur Maigros, flic à Charleroi plus par défauts que par qualités (« engager là où les cons sont facilement acceptés : la police »), et de son escouade de pochtrons qui s’évertuent de ne rien résoudre, se contentant seulement de ramasser un peu de monnaie en pactisant habilement, chaque fois que c’est possible, avec tous les malfaisants qui hantent la ville. L’arrivée d’une nouvelle commissaire divisionnaire carrossée comme Claudia Schiffer, rousse et baraquée comme un deuxième ligne du XV du Trèfle, pochtronne comme un bataillon de sapeur polonais, aussi prude que la majorité de la population des bouges de Pigalle et dotée d’un tarin fleuri des stigmates générés pas ses abus de boisson, va donner une nouvelle dimension à cette épopée « rabelo-bérurénne ».

 

A travers cent chapitres bien formatés, comme les cent épisodes de la publication numérique qui a servi de base à ce roman, « Lauteur » raconte la geste paillarde et gaillarde de ce commissariat carolorégien qui a établi son PC opérationnel au « Lolotes’s bar » ainsi baptisé en l’honneur de l’antédiluvienne patronne et de ses bons et loyaux services rendus à la police locale. La méthode Maigros a fait ses preuves, elle est étudiée, l’inspection peut conclure : « si je comprends bien, dans votre service, c’est le tabac qui vous permet de fonctionner au mieux … - Ca et l’picole. Pas oublier l’picole ! Et l’cul ! Sans l’cul, y a… » (« Lauteur » ne dit pas la suite).

 

Il n’est pas nécessaire de lire plus de quelques pages pour comprendre que « Lauteur » n’a pas écrit ce roman en hommage aux vertus de la police locale, ça sent le règlement de compte et l’intolérance congénitale à plein nez. Cette saga s’inscrit plutôt dans la droite ligne des œuvres des grands maîtres que furent François Rabelais, Frédéric Dard et Jean Marc Reiser, Maigros nargue le pouvoir comme Gargantua ou Pantagruel, Baffre et picole comme Bérurier et est aussi cradingue que le Gros Dégueulasse de Reiser. Mais même si ses bougres sont alcolos, dragueurs comme des « verrats en rut (verruts) », cradingues, fourbes et corrompus jusqu’au trognon, ils n’en dégagent pas moins une certaine tendresse, ils symbolisent la classe la plus délaissée, par l’argent et la culture, de la population d’une ville qui a pris la crise du charbon en plein dans la tronche. On sent bien que, malgré tout ça, « Lauteur » aime viscéralement son pays et ses habitants même si ce ne sont que des provinciaux attardés, snobés par les gens de la capitale.

 

J’ai plongé dans cette saga, comme je m’immergeais jadis dans San Antonio ou Harakiri, je me suis bidonné comme « Lauteur » a dû se tordre en écrivant certains épisodes sur l’écran blanc de ses nuits blanches mais bien sûr tout le monde n’aimera pas, certains trouveront ça gras, sale, pornographique, libidineux, scandaleux, pervers, etc… Je ne vais pas vous infliger toute la liste des adjectifs qu’ils seraient capables d’accorder à ce texte, je me contenterai de pratiquer comme Rabelais « tellement désireux,…, de sauvegarder l’harmonie et la bienveillante complicité des « buveurs » qu’il a parallèlement exclu tous les trouble-fête, tous les « agelastes » et autres « caphards », « cagots » et « malagots » de profession ». Ainsi entre gens de bonne société nous pourrons rire et ripailler jusqu’à plus soif !

 

Denis Billamboz

 

Extraits choisis...

Épisode 8 — Autopsie

 

 

Kansheck se gratte l’entrejambe, signe chez lui d’une intense réflexion – beaucoup, dans ce cas, se grattent le sommet du crâne mais quand on porte des gants de chirurgien maculés d’humeurs humaines, mieux vaut se gratter l’entrejambe protégé par un tablier.

 

De toute sa carrière de médecin légiste – il a pratiqué des centaines d’autopsies – Kansheck n’a jamais été confronté à un tel problème : on lui a apporté la dépouille de Mariette Granache, retrouvée sous un pont qui enjambe la Sambre, et depuis trois jours il s’échine à découvrir les causes du décès, sans sommeil ni succès. Et, bon sang de bon Dieu, il veut trouver quelque chose. Absolument !

 

Les vêtements étaient intacts. Le corps, examiné au moins dix fois méticuleusement, n’a montré trace ni de coup ni de blessure, pas même une piqûre d’insecte. Un examen gynécologique approfondi n’a révélé que la virginité – maintenant perdue mais Kansheck s’en fout – de la victime. Tous les organes vitaux étaient intacts : aucune lésion, pas de rupture d’anévrisme, pas d’embolie, rien. Le corps était nickel. On aurait pu manger dessus avant qu’il ne le charcute.

 

Hot and Nasty de Black Oak Arkansas le sort de ses réflexions intimes. Kansheck cesse de se gratter là où l’on dit que c’est déplacé, ôte ses gants d’un geste élastique et saisit son portable.

— Kansheck, Mourzouk du labo.

— Alors, Mourzouk ?

— Rien. Absolument rien ni dans l’sang, ni dans l’estomac, ni dans l’intestin, ni dans les fèces. Aucune trace d’empoisonnement dans les échantillons qu’t’as prél’vés.

— T’es certain ?

— Tu veux un’ matraque dans l’cul comme assurance, Kansheck ?

— Sorry, Mourzouk. Skuze, j’suis un peu sur les nerfs. Merci. Bye. 

 

Il coupe la communication, soupire à souffler les bougies d’anniversaire d’un centenaire et prend le rapport d’autopsie. Dans la rubrique CAUSE DU DÉCÈS, il écrit : morte de vieillesse. « Si c’est pas malheureux, pense-t-il, à huit ans et d’mi ! » Il signe. Il vérifie qu’il lui reste du rosé au frais dans l’un des tiroirs réfrigérés et reprend son portable pour commander une pizza. Puis il attaque immédiatement le client suivant : il a pris du retard avec la petiote. « Maigros va encore pouvoir classer l’affaire et continuer à s’tourner ses sales pouces autour d’sa grosse bite ! » marmonne-t-il. Il fulmine, Kansheck, en incisant violemment la poitrine du macchabe suivant sur sa liste, un certain Omer Murdauquais. « On en reparlera, d’çui-là, foi d’Kansheck ! »

 

Épisode 16 — Pour trucider le temps

 

 

En attendant la dive qui a du retard, Maigros et Irah s’amusent avec leurs très petits moyens à détourner des publicités...

 

— J’ai mieux, Irah ! ORANAL B, la brosse à hémorroïdes révolutionnaire créée par les experts du trou du cul ! Wahaha ! Lolotte ! R’mets-moi un pastis-Guinness’te plaît !

— Comment t’arrives à écluser c’te merde, Maigros ? Un pastaga allongé à la Guinness ! À débecter les trois douzaines de p’tits gris que j’me suis brich’tonnés c’midi !

— T’en as encore une trace de sauce au menton, mon goinfre ! 

Lolotte dépose devant Maigros un verre rempli d’un liquide couleur étron. Un petit gars trapu aux cheveux roux et face rubiconde s’installe sur le tabouret à droite d’Irah et commande œu dœubœul Paddy.

— Merde ! Un autochetone de là-bas ! ricane Maigros. J’savais pas qu’y en avait sur Châlèrwè1.

— Un autoche quoi ?

— T’occupe ! À toi...

— Euh... Faites les choses au hasard, n’allez pas chez Total !

— Pffffffffwahahah ! Ridicule ! Nul à chier d’chez Ruquier ! Kès tu penses de...

— En parlant de caisse, Maigros, ce roux pète !

— Hein ?

— T’es sourd ou quoi, Maigros ! Ce roux pète !

— T’as les burnes enflées, Irah ? T’as ’core rêvé qu’tu t’faisais Cuné ?

— Merde ! Le gonze à côté, Maigros ! Y fait qu’lâcher Médor ! Tu sens rien ? Ça cogne à mort !

— Ça doit t-êt’ camouflé par tes euh... trente-quat’ limaçons. Ou alors j’ai l’vent dans l’cul ! J’m’en occupe, ma grosse !

L’inspecteur, cigarillo puant au bec, descend lourdement de son perchoir, passe derrière Irah et tape sur l’épaule du buveur de Paddy.

— Oh, mecton, on peut pas fumer ici !

— Sorry?

— Pas fumer ici ! Interdit fumer ! Pas cigarette ! grogne-t-il en lui soufflant son âcre fumée au visage.

— I ain’t smoking, sir! 

À la vitesse d’un éclair estropié, l’inspec sort son flingot et en enfonce le canon dans le bide de l’homme à la tignasse rousse.

— PAS FUMER ! CASSE-TOI, ENCULÉ ! Et... euh... FEUQUE YOU!

L’homme aux cheveux roux s’éjecte de son tabouret sans écluser son reste et sort du bistro aussi vite qu’une diarrhée de l’entrefesse de Poireau. Maigros rengaine son pétard et siffle calmement le whisky de l’Irlandais avant de regagner sa place.

— Ch’ter l’mec, ouais, mais pas s’gnôle ! T’as vu comment qu’y faut s’y prent’, Irah ? Bon, kès j’allais dire ? Ah ouais : All-Brin, la céréale riche en fibre de merde A.O.C. ! Et en plus, Irah, n’utilise jamais L’Aréol.

— Pourquoi ?

— Pasque tu n’le vaux pas, mister Ail, et qu’avec ton haleine de bouc qu’a bouffé du vautour, tu f’rais crever l’téton ! Santé ! 

Stoïque derrière son vieux zinc, Lolotte sourit béatement.

 

1 Châlèrwè (wallon) : Charleroi.

 

Épisode 44 — RENTRÉE DES CLASSES

 

 

Septembre 1969. Ginette n’a plus pu reculer la date fatidique : Désiré aura sept ans en décembre et elle a été obligée de l’inscrire à l’école communale de La Planche, la plus proche de son domicile. C’était ça ou la fin des allocations familiales. Comme Martial a disparu depuis plusieurs mois et qu’il ne verse pas de pension alimentaire, elle n’a vraiment pas pu faire autrement que de scolariser son gros rejeton.

Le lundi 1er septembre, elle s’est présentée dans la cour de l’école avec un Maigros junior fier comme Artaban de son cartable d’occasion bourré de tartines avec une petite place pour son plumier tout neuf offert par Parrain Prosper et un cahier de brouillon déjà à moitié utilisé. Ginette a attendu que Désiré rentre dans la classe de mademoiselle Amandine avant de regagner son vilain bercail, de grosses larmes laissant des traînées claires sur ses joues malpropres.

 

Le jeudi 4, elle est de retour dans l’école, convoquée par M. Verton, le directeur.

— Bonjour, madame Maigros.

— Madame Pettauclère, sivoplé. Maigros, c’est l’nom du père d’à Ziré. Y s’a votalitisé y a six mwès et j’sus quasi divorcée.

— D’accord, madame... Pette-au-clair1. Voilà, si je vous ai demandé de venir, c’est au sujet de Désiré et de son...

— Kès qu’on l’y a ’core fait d’mal, à m’Ziré ?

— Rien, Madame. On ne lui a rien fait de mal. C’est plutôt lui qui fait des... bêtises.

— Ziré, des bétîsses ? Pas possîp’ ! C’t’un anche, èm gamin !

— Il est fort probable que son comportement à l’école soit très différent de ce qu’il est à la maison. Si j’ai bien vu dans son dossier, il n’a jamais été scolarisé avant cette année.

— Non. Pou kè fé2 ? Faut pas-z-êt’ maline pour faire la métraisse aveu les p’tits. Ziré, y sait tout c’qui faut pou-z-entrer en première année.

— Je n’en suis pas convaincu. Dans la mesure où il ne communique que par borborygmes, il est très difficile à mademoiselle Amandine de comprendre ce qu’il... sait ?

— Borbor kwè ?

— Désiré ne parle pas. Il émet des bruits. Il est incapable de communiquer par le verbe.

— Mwâ, j’comprends tout c’qui m’dit !

— Je n’en doute pas. Mais ici, il est, comment dire... Déraciné. Hors du seul milieu social qu’il connaît. Et cela le rend agressif. Sans raison, il pince, il frappe, il mord !

— Au moins, y sait s’défent’ !

— Sans qu’on l’attaque ! Regardez ! J’ai passé la matinée d’hier dans sa classe. Il m’a mordu à sang quand j’ai essayé de l’empêcher de manger sa m... ses fèces dans le fond de la classe ! VOTRE FILS EST UNE BÊTE SAUVAGE !... Aussi longtemps qu’il n’aura pas été vu par un psychologue, il ne remettra plus les pieds dans mon école ! On sonne dans quatre minutes. ALLEZ LE CHERCHER DANS LA COUR ET GARDEZ-LE CHEZ VOUS ! CE SAUVAGEON DOIT ÊTRE SUIVI !!!... Bor... Bordel !

 

Dans la cour, Désiré Maigros – derrière le dos de l’institutrice qui surveille la récréation du matin – vient de flanquer un méchant coup de pied dans les futurs bijoux de famille d’un ennemi de classe qui se moquait de lui. Le frappé ne le sait pas encore mais dans quelques années, il devra subir une intervention chirurgicale pour que chacun de ses testicules accepte de descendre dans sa bourse respective. On ne se moque pas impunément d’un futur inspecteur principal !

 

1 Pette-au-clair (wallon) : le derrière à l’air.

2 Pou kè fé ? (wallon) : Pour quoi faire ?

 

Épisode 71 — ENTOURLOUPE AU TURETTE

 

 

Dans les années 1970, Charleroi comptait trois cinémas pornographiques, tous situés dans le même quartier, dans de petites rues donnant sur le boulevard Jacques Bertrand, la gloire poético-musicale carolorégienne. Bien qu’il n’eût pas encore l’âge de fréquenter ces endroits – à l’époque, il fallait en théorie avoir vingt-et-un ans pour voir ce genre de films – le jeune Maigros s’y rendait régulièrement avec parrain Prosper : l’homme avait ses entrées dans tous les endroits interlopes de la ville. C’est ainsi que dès ses quinze ans, quand il quitta la puberté, il put admirer des chefs-d’œuvre comme Chattes au vallon, La coccinelle a monté Carlos, Carmina bourre Anna, Il était une fois dans ma vulve, Les grandes vadrouilles, Les Titans niquent et bien d’autres joyeusetés pornolubriques. C’est dans ces salles obscures, fréquentées par des hommes autant que par des couples libidineux, qu’il a découvert tout une série de positions, qu’il a perfectionné ses techniques de « p’lotâche » et de « doigtâche » quand Prosper venait avec deux amies et qu’il a joué à celui qui envoyait son sperme le plus loin, finissant par battre son oncle à son propre jeu.

Trente ans plus tard, un seul de ces cinémas subsiste encore : Le Turette, dans la rue du même nom. Maigros y a toujours ses habitudes. Il s’y rend une ou deux fois par mois, à l’œil, seul ou flanqué de l’acolyte qui patrouille avec lui. Ce jour-là, il tourne avec Poireau.

— On s’frait b’en une ’tète toile, ma grosse. Ça pourrait t’inspirer pour tes powésies...

— Pourquoi pas ?

Il se gare en double file rue Turette, juste en face du cinéma, rendant le passage fort délicat pour les autres automobilistes. Il prend la précaution d’allumer ses feux de détresse.

— Salut, Bèlal. Y a du monde, aujourd’hui ?

— Bonjour, Inspecteur. Bof, c’est pas la joie. Une dizaine de personnes.

— Des femmes ?

— J’sais pas trop, avec tout c’qui roule maint’nant !

— On va voir ça. Aboule ta graisse, Poireau !

Maigros jette un œil à « l’affiche » qui propose deux films en boucle : Bienvenue chez les chtouilles et Bitman erre aux bains. Les deux roussins pénètrent dans la salle. Le temps de laisser leurs yeux s’habituer à la pénombre, ils gagnent la rangée du haut et s’installent. Les sièges sont légèrement poisseux mais Maigros n’en a cure : il se sent un peu comme chez lui. L’odeur – ça pue le renfermé et la vieille sécrétion – ne le dérange pas non plus. Trois rangées plus bas, juste devant eux, un couple se tripatouille sans un regard pour l’écran. Lors d’une scène en extérieur jour, alors que la pénombre dans la salle est moins profonde, ils peuvent voir que la femme, qui paraît jeune, s’est dénudée jusqu’à la taille.

— J’parie qu’d’ici, j’peux lui envoyer ma purée su’ l’dos, souffle Maigros à Poireau.

— D’ac. Vingt-z-euro.

L’inspecteur commence à s’astiquer. Au moment où il se sent prêt, il se lève, comme au bon vieux temps avec parrain Prosper. Tel un mortier de 35 milimètres, son sexe pointe vers le dos de la femelle en chaleur. Ça va partir quand soudain la salle se trouve plongée dans l’obscurité. Quelques cris d’étonnement se font entendre. Le projecteur vient de tomber en panne. Trois secondes et les lampes s’allument. Maigros a le réflexe de se rasseoir, sabre au clair. La jeune femme se tourne vers lui, imitée par son tripoteur.

— Eh ! C’est Kevin Crayat, Chef ! crie Poireau. Le parricide ! Vite ! POLICE !

Immédiatement, Kevin est debout. Il bouscule la blondasse et fonce vers la sortie.

— Vite, Chef, on peut l’avoir ! reprend Poireau qui démarre à la suite du jeune homme.

— T’OCCUPE, POIREAU ! R’VIENS ICI ! J’peux pas cavaler à s’cul la quette à l’air. Y m’faut deux minutes avant d’pouvoir rempaqu’ter. En attendant – Bougez pas, Madame ! Police ! – va examiner l’dos d’cette pétasse : ma bite à couper qu’tu m’dois vingt-z-euros !

 

Épisode 95 — MAIGROS EN TÔLE

 

 

— BANDE D’ENCULÉS D’CONNARDS D’CUL FOIREUX D’MATONS !

Maigros est d’une humeur massacrante : les gardiens de la prison de Majioulx se sont à nouveau mis en grève et c’est la police qui doit les remplacer. Motif de l’arrêt de travail : le transfert à Majioulx d’une détenue jugée très dangereuse, Daisy Deltchole, surnommée Daisy-la-Dingue, alors que la prison ne dispose pas de quartier de haute sécurité.

Derrière le dos de sa chef, tipp-exant et faussant en écriture sans la plus infime vergogne, l’inspecteur s’arrange pour être désigné responsable du quartier des femmes. Il est mauvais comme un pet qui ne parvient pas à sortir.

Quand il prend son service à 18:00, secondé par Poireau, il est à moitié bourré. On sent une colère rentrée qui lui sourd de chaque pore. Sous ses ordres, un groupe de quatre jeunes policières appartenant à un autre commissariat, qu’il connaît très très vaguement.

— Toi, la grosse moche, tu res’ de planton dans l’couloir principal. TA GUEULE ! Tu fais c’que j’te commant’, point final ! Les aut’s, dans l’bureau avec moi !

Ils s’enferment tous les cinq dans la pièce réservée au gardien-chef. D’un cabas bon à mettre aux ordures et qui fleure sec le coulage de fonds de bouteilles à bière, il sort des gobelets en plastique et une bouteille de whisky. Sous le regard ébahi des trois novices, il verse de larges rasades et distribue les gobelets à la ronde.

— Santé, les poulettes ! SANTÉ ! Et on la ferme ! J’bosse direc’ avec la divisionnaire, mwâ… Primo, la dernière fois qu’Daisy-la-Dingue s’a échappée, elle a étranglé une gardienne avec le soutif à l’gardienne ! Alors, hop, les soutifs, interdits ! Allez, on enlève ! J’tiens pas à z’avoir une morte su’ m’conscience. EXÉCUTION !

Rouges comme des écrevisses, les trois femmes lui tournent le dos et, essayant tant bien que mal de rester cachées aux regards vicieux de Maigros et de Poireau, elles se débarrassent de leurs soutiens-gorge.

— Parfait ! Donnez-moi ça ici ! Confisqués jusqu’à nouvel ort’ ! Et maint’nant, cul sec ! Allez ! On vide son godet ! Bien ! Deuzio, toi, tu vas dire à l’grosse moche de faire comme vous et rapport’-moi sa paire de gros bonnets ! Allez, zou ! Donnez-moi vos verres !

Maigros remplit à nouveau les gobelets. Son émissaire revient avec le sous-vêtement de la policière en faction dans le couloir.

— Jarnidieu ! Je l’prendrais bien comme nouveau kertin1 ! Après tout, va la chercher. Y a pas d’raison qu’elle trinque pas avec nous-aut’ !

Deux heures plus tard, les quatre matonnes malgré elles ont toutes roulé sous la table.

— J’ai cru qu’on n’aurait jamais assez d’gnôle pour entasser la grosse moch’té ! Allez, Poireau, au boulot. Comme on a dit. J’m’en vais régler l’affaire avec l’aut’ dingote.

Pendant qu’un Poireau aux mains baladeuses bâillonne et ligote les quatre femmes inconscientes, Maigros s’en va discuter avec Daisy-la-Dingue au travers du judas de sa cellule.

— Tais ta gueule et écoute, Deltchole. J’en ai rien à cirer de d’voir te surveiller. Alors, j’vais t’faire sortir discrèt’ment, tu t’tailles fissa et tu t’arranges pour qu’on te r’verra pas d’si tôt. Pour le res’, j’m’en occupe. C’est jus’ que t’auras une évasion d’plus à ton palmarès. D’ac ?

En dix minutes, Daisy Deltchole a réussi sa sixième cavale. Maigros revient dans le bureau. Il bâillonne et entrave Poireau puis, prenant son courage à deux mains sales, il se cogne une bonne fois l’arrière du crâne contre l’arête métallique de la porte du local. Suffisamment pour s’entailler le cuir jadis chevelu mais pas assez pour tomber dans les pommes. À l’aide de son mouchoir éternellement crasseux, il essuie les traces sur l’huis et se couche au sol. Il ne lui reste plus qu’à patienter. La paix vaut bien trois points de suture et un léger mal de crâne.

 

1 kertin (wallon) : cabas

Marc Bonetto est en train de lire La saga Maigros et a envoyé ceci à l’auteur...

Mon Rico,

    Le Maigros est peut-être un enfoiré de première, salace en diable, pourri de l'épiderme jusqu'au fin fond de la moelle osseuse, mais je me marre comme un bossu. C'est rare qu'un livre me fasse autant rire. Le précédent, en août 2010, s'intitulait La promesse de l'aube, d'un autre Gary. Rien à voir. Le personnage de la mère était savoureux dans l'exagération, les débordements, sans aucune truculence.
    Cent chapitres, c'est un peu court quand même. Moi, j'en redemande, avec mille fois plus de dégueulasseries. Tiens, ça manque un peu de sadisme et de baston générale. C'est sûr, je n'en suis qu'au chapitre vingt (vin) et les supplices restent gentillets. Chez le Marquis, on lit pire. Autres temps, autres mœurs.
    Bon, je chipote, alors que t'as quand même fait dans l'hénaurme, et j'aime ça. Je me dilate la rate comme un rascal.
    Tu sais que je suis médecin ? Neurochirurgien, précisément, et en tant que membre de la Faculté, je peux vanter les vertus de la dilatation splénique. Rire, ça te décrasse d'un bout à l'autre. A commencer par les tubes, tubulures, tuyaux. Tu as déjà gonflé tes pneus, ceux de ta bagnole, chez un garagiste ? Eh bien, le rire, c'est une sacrée giclure d'air, que dis-je ? mieux ! d'oxygène, qui t'enlève les saloperies qui pourrissent la tuyauterie corporelle. Ton pote Maigros, il l'a compris : il se nettoie à l'alcohol et chacune de ces déjections fécales ou fécaloïdes est un débourrage du surplus. Idem pour les éjaculations, éructations, glaviotages et autres expectorations. Rire, ça te fout le feu d'artifice dans le système. Et ça se voit, les étincelles dans les mirettes. Derrière, c'est la fête. Les synapses jouent du biniou, de la bombarde, de la vielle à badigoinces ; les dendrites invitent les axones à danser. Guinchez, Lisette ! Pas le slow. Non ! La java, la java d'enfer, celle au lion. La myéline tombe la gaine et va draguouiller les neurotransmetteurs.
    Mens insana in corpore salo, comme disaient les Anciens. Voilà ce qu'ils sont, tous tant qu'ils sont, les arsouilles officielles du commissariat de Charleroi. A commencer par la divisionnaire : les adeptes du cunnilinctus sont toujours des femmes et des hommes de valeur. Tu as fait un superbe éloge de cette délectation insuffisamment pratiquée, d'après moi, et qui mérite d'être placée parmi les beaux-arts. Rien que pour ça, tu mérites la Légion d'honneur.
    A la santé de Bibine, mon gone.
    Ton, qui t'embrasse.   

 

 

 

Épisode 95 — MAIGROS EN TÔLE

 

 

— BANDE D’ENCULÉS D’CONNARDS D’CUL FOIREUX D’MATONS !

Maigros est d’une humeur massacrante : les gardiens de la prison de Majioulx se sont à nouveau mis en grève et c’est la police qui doit les remplacer. Motif de l’arrêt de travail : le transfert à Majioulx d’une détenue jugée très dangereuse, Daisy Deltchole, surnommée Daisy-la-Dingue, alors que la prison ne dispose pas de quartier de haute sécurité.

Derrière le dos de sa chef, tipp-exant et faussant en écriture sans la plus infime vergogne, l’inspecteur s’arrange pour être désigné responsable du quartier des femmes. Il est mauvais comme un pet qui ne parvient pas à sortir.

Quand il prend son service à 18:00, secondé par Poireau, il est à moitié bourré. On sent une colère rentrée qui lui sourd de chaque pore. Sous ses ordres, un groupe de quatre jeunes policières appartenant à un autre commissariat, qu’il connaît très très vaguement.

— Toi, la grosse moche, tu res’ de planton dans l’couloir principal. TA GUEULE ! Tu fais c’que j’te commant’, point final ! Les aut’s, dans l’bureau avec moi !

Ils s’enferment tous les cinq dans la pièce réservée au gardien-chef. D’un cabas bon à mettre aux ordures et qui fleure sec le coulage de fonds de bouteilles à bière, il sort des gobelets en plastique et une bouteille de whisky. Sous le regard ébahi des trois novices, il verse de larges rasades et distribue les gobelets à la ronde.

— Santé, les poulettes ! SANTÉ ! Et on la ferme ! J’bosse direc’ avec la divisionnaire, mwâ… Primo, la dernière fois qu’Daisy-la-Dingue s’a échappée, elle a étranglé une gardienne avec le soutif à l’gardienne ! Alors, hop, les soutifs, interdits ! Allez, on enlève ! J’tiens pas à z’avoir une morte su’ m’conscience. EXÉCUTION !

Rouges comme des écrevisses, les trois femmes lui tournent le dos et, essayant tant bien que mal de rester cachées aux regards vicieux de Maigros et de Poireau, elles se débarrassent de leurs soutiens-gorge.

— Parfait ! Donnez-moi ça ici ! Confisqués jusqu’à nouvel ort’ ! Et maint’nant, cul sec ! Allez ! On vide son godet ! Bien ! Deuzio, toi, tu vas dire à l’grosse moche de faire comme vous et rapport’-moi sa paire de gros bonnets ! Allez, zou ! Donnez-moi vos verres !

Maigros remplit à nouveau les gobelets. Son émissaire revient avec le sous-vêtement de la policière en faction dans le couloir.

— Jarnidieu ! Je l’prendrais bien comme nouveau kertin1 ! Après tout, va la chercher. Y a pas d’raison qu’elle trinque pas avec nous-aut’ !

Deux heures plus tard, les quatre matonnes malgré elles ont toutes roulé sous la table.

— J’ai cru qu’on n’aurait jamais assez d’gnôle pour entasser la grosse moch’té ! Allez, Poireau, au boulot. Comme on a dit. J’m’en vais régler l’affaire avec l’aut’ dingote.

Pendant qu’un Poireau aux mains baladeuses bâillonne et ligote les quatre femmes inconscientes, Maigros s’en va discuter avec Daisy-la-Dingue au travers du judas de sa cellule.

— Tais ta gueule et écoute, Deltchole. J’en ai rien à cirer de d’voir te surveiller. Alors, j’vais t’faire sortir discrèt’ment, tu t’tailles fissa et tu t’arranges pour qu’on te r’verra pas d’si tôt. Pour le res’, j’m’en occupe. C’est jus’ que t’auras une évasion d’plus à ton palmarès. D’ac ?

En dix minutes, Daisy Deltchole a réussi sa sixième cavale. Maigros revient dans le bureau. Il bâillonne et entrave Poireau puis, prenant son courage à deux mains sales, il se cogne une bonne fois l’arrière du crâne contre l’arête métallique de la porte du local. Suffisamment pour s’entailler le cuir jadis chevelu mais pas assez pour tomber dans les pommes. À l’aide de son mouchoir éternellement crasseux, il essuie les traces sur l’huis et se couche au sol. Il ne lui reste plus qu’à patienter. La paix vaut bien trois points de suture et un léger mal de crâne.

 

1 kertin (wallon) : cabas

 

Commentaires des lecteurs:

Marc Bonetto (3/11/2011)

 

Marc Bonetto est en train de lire La saga Maigros et a envoyé ceci à l’auteur...

Mon Rico,

    Le Maigros est peut-être un enfoiré de première, salace en diable, pourri de l'épiderme jusqu'au fin fond de la moelle osseuse, mais je me marre comme un bossu. C'est rare qu'un livre me fasse autant rire. Le précédent, en août 2010, s'intitulait La promesse de l'aube, d'un autre Gary. Rien à voir. Le personnage de la mère était savoureux dans l'exagération, les débordements, sans aucune truculence.
    Cent chapitres, c'est un peu court quand même. Moi, j'en redemande, avec mille fois plus de dégueulasseries. Tiens, ça manque un peu de sadisme et de baston générale. C'est sûr, je n'en suis qu'au chapitre vingt (vin) et les supplices restent gentillets. Chez le Marquis, on lit pire. Autres temps, autres mœurs.
    Bon, je chipote, alors que t'as quand même fait dans l'hénaurme, et j'aime ça. Je me dilate la rate comme un rascal.
    Tu sais que je suis médecin ? Neurochirurgien, précisément, et en tant que membre de la Faculté, je peux vanter les vertus de la dilatation splénique. Rire, ça te décrasse d'un bout à l'autre. A commencer par les tubes, tubulures, tuyaux. Tu as déjà gonflé tes pneus, ceux de ta bagnole, chez un garagiste ? Eh bien, le rire, c'est une sacrée giclure d'air, que dis-je ? mieux ! d'oxygène, qui t'enlève les saloperies qui pourrissent la tuyauterie corporelle. Ton pote Maigros, il l'a compris : il se nettoie à l'alcohol et chacune de ces déjections fécales ou fécaloïdes est un débourrage du surplus. Idem pour les éjaculations, éructations, glaviotages et autres expectorations. Rire, ça te fout le feu d'artifice dans le système. Et ça se voit, les étincelles dans les mirettes. Derrière, c'est la fête. Les synapses jouent du biniou, de la bombarde, de la vielle à badigoinces ; les dendrites invitent les axones à danser. Guinchez, Lisette ! Pas le slow. Non ! La java, la java d'enfer, celle au lion. La myéline tombe la gaine et va draguouiller les neurotransmetteurs.
    Mens insana in corpore salo, comme disaient les Anciens. Voilà ce qu'ils sont, tous tant qu'ils sont, les arsouilles officielles du commissariat de Charleroi. A commencer par la divisionnaire : les adeptes du cunnilinctus sont toujours des femmes et des hommes de valeur. Tu as fait un superbe éloge de cette délectation insuffisamment pratiquée, d'après moi, et qui mérite d'être placée parmi les beaux-arts. Rien que pour ça, tu mérites la Légion d'honneur.
    A la santé de Bibine, mon gone.
    Ton, qui t'embrasse.   

 

 

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