L'important, c'est la sauce

L'important, c'est la sauce

Sortie en mars 2013 de L'important, c'est la sauce

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L'important, c'est la sauce, Receuil de nouvelles, Michel Thauvoye, Cactus Inébranlable éditions, mars 2013, ISBN 978-2-930659-10-7, 12 €

 

Michel Thauvoye est né en 1964 à Mons. Pur produit borain, il a vécu 29 ans à Frameries avant de revenir s’installer sur son lieu de naissance pour finalement s’exiler en Flandre, à Vilvoorde dans un premier temps, à Wemmel ensuite où il vit actuellement.

Il est secrétaire des années de Bacheliers en Sciences politiques à la Faculté des Sciences sociales et politiques de l’ULB.

Ses études primaires se déroulent sans problème. Il n’en sera pas de même pour son parcours secondaire qu’il termine pourtant en beauté en recevant le prix de Français « pour la qualité de ses dissertations ». L’écriture, déjà, une certaine facilité de rédaction, un désir et un plaisir de s’y confronter.

 En 2002, après tant d’années à écrire « pour lui-même », il participe au Concours Polar de la RTBF où son texte, sans être récompensé, est malgré tout remarqué par le jury. Un encouragement qui le pousse à tenter de nouveau sa chance l’année suivante. Avec succès puisque sa nouvelle « Les Deux Mésanges » obtient rien de moins que le premier prix. En 2007, « Solidarité » sera primée dans ce même concours.

En 2004, « La Ratification du Protocole de Kyoto » est primée au Concours « L’Eté » organisé par Femmes d’Aujourd’hui  malgré un thème et un ton peu en phase avec le style habituel du magazine.

En 2005, les Editions Amalthée (Nantes) publient (à compte d’auteur), le recueil de nouvelles « Une Croisière de Rêve ».

Lecteur insatiable depuis l’adolescence, il avoue une passion pour « Cent ans de Solitude » de Gabriel Garcia Marques (lu neuf fois sans toutefois pouvoir encore dessiner de mémoire l’arbre généalogique de la famille Buendia). Parmi tant d’autres auteurs qui le font vibrer, citons John Irving, James Ellroy, Paul Auster, Jim Harrison, Bret Easton Ellis, Ian McEwan, Philippe Djian, Céline, Jean-Bernard Pouy, …, et rayon belge, Thomas Gunzig. 

Il est aussi un grand amateur de recueil de nouvelles, un genre malheureusement sous-représenté en littérature francophone.

Rayon passion : la musique Rock et Metal, les bières trappistes, le vin (et avant tout le Bourgogne) et la cuisine qui les accompagne, le tennis de table pratiqué en compétition depuis presque 30 ans.

Rayon carnet rose : papa de Cédric, 8 ans.

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Michel Thauvoye

Les critiques s'expriment....

Éric Allard sur son blog http://lesbellesphrases.skynetblogs.be/

Des morts sans compter

Neuf nouvelles, placées sous le signe d’une citation introductive de Vian, qui alignent les cadavres et quelques affreux/ses en nous faisant parfois peur (surtout dans les récits d'anticipation) mais aussi souvent rire (jaune).

Examinons-les sans compter.

Un amateur de cuisine qui quémande l’avis d’un veuf de fraîche date sur le plat qu’il est en train de préparer (1 mort)... Une cinglée qui cherche quelqu’un pour tuer ses parents ligotés chez elle... (3 morts prévus)... Un homme qui a relevé un défi aligne 4 meurtres en 24 heures (4)... Une bombasse rencontrée dans un bar se sert d’un client pour titiller la jalousie de son mari (plus de peur que de mort)... Une équipe de nettoyeurs dans un futur proche caniculaire débarrasse les victimes du réchauffement climatique (une hécatombe)... On vient prévenir un homme à son domicile qu’il a trépassé  ailleurs (1 mort, pas celui qu’on croit)...   Une épouse entreprend de tondre la pelouse pour faire chier son mari (0 mort sinon une flopée de trèfles)... Une guerre soudaine envoie dans la nature une troupe de miliciens volontaires (1 décès officiel)... Et, last but nos least, THE nouvelle, intense, parfaite. Six personnes dans un même véhicule en route pour la mer, la nuit, au son des Smiths et des Pixies avec une des passagères qui a envie d’uriner. Sea, sex, rock & coke.  Mais évidemment c’est trop beau pour durer (1 mort et enterré).

Tous les récits sont écrits à la première personne, celle d’un narrateur davantage témoin ou victime qu’acteur des faits rapportés qui, même quand il en est l’auteur, se sent détaché des événements, en léger décalage, ne leur accordant pas l’importance qu’ils revêtent dans l’absolu, ce qui crée l’appel d’air propice à l’humour et à la gamme des sentiments éprouvés par le lecteur. Récits derrière lesquels se devine la malice d’un écrivain discret jusque sur la photo de quatrième couverture où une partie de son visage disparaît en partie masqué par un verre plein.  Un recueil de nouvelles jouissif qui révèle un univers singulier rendu par une écriture sans un mot de trop, justement accordée à son objet.

Eric Allard

Cactus Inébranlable éditions, 124 pages, 12 €

http://cactusinebranlableeditions.e-monsite.com/


Ce vendredi 3 mai à 18h chez Polar& Co, place du Marché aux Herbes à Mons.

Dans la seule librairie de Wallonie consacrée au polar, Michel Thauvoye parlera de son recueil.

Extraits

L'important c'est la sauce

Hier soir, avant de me coucher, j’avais bien dû me rendre à l’évidence, ma sauce n’était pas aussi réussie qu’elle ne m’avait paru au premier abord. Bien sûr, il ne manquait pas grand-chose - en l’état, j’aurais reçu bon nombre de félicitations - mais c’est ce genre de petit détail qui fait la différence, c’est ce petit rien qui vous empêche d’accéder au Panthéon.

—Parce que je suis maintenant sa seule famille, elle répétait encore.

Les parents de Lucie étaient morts dans un accident de voiture, semblait-il. Elle me l’avait raconté dès notre première rencontre. J’étais à l’époque préoccupé par un lot de Haut-Médoc dont plusieurs bouteilles étaient bouchonnées et je n’avais pas retenu tous les détails de son histoire.

J’en étais à me demander si ce voyage prendrait un jour fin quand, à un carrefour, Lucie a pris à droite. Quelques kilomètres plus loin, nous sommes entrés dans le village.

Alors que Lucie se garait, quelques nuages ont fait leur apparition et je me suis demandé si le problème n’était pas dû à l’acidité des tomates. J’avais cru que les autres légumes pouvaient la contrer, mais, de toute évidence, je m’étais trompé.

Cent fois sur le métier remets ton ouvrage, et je comptais bien m’y atteler rapidement en ajoutant un morceau de sucre ou, à la rigueur, un trait de ketchup. Et le plus tôt serait le mieux, croyez-moi.

C’était une maison de briques rouges avec des fleurs qui pendaient au balcon, comme toutes les autres maisons du village. Il y avait dans la cour un vieux puits, une table et deux chaises en fer sur lesquelles on ne s’asseyait jamais. Il y avait aussi un vieux chien qui ne bougeait presque plus et deux chats qui le narguaient.

Le vieux nous attendait sur le pas de la porte. Lucie s’est précipitée pour l’embrasser.

—Oh papy, quel malheur ! elle s’est exclamée.

Ils sont tombés dans les bras l’un de l’autre et n’ont plus bougé pendant un bon bout de temps. Je suis resté en retrait, loin des effusions, plongé en plein doute, les oignons avaient-ils suffisamment fondus ?

Quand ils se sont séparés, Lucie m’a présenté.

—Papy, voici Marc, mon fiancé.

J’ai tressailli à l’annonce. J’ai serré la main du vieux bonhomme en bredouillant mes condoléances. Il l’a gardée un moment, me remerciant d’être venu, me bénissant de compatir au malheur d’un vieillard qui venait de perdre sa raison de vivre. Je n’ai rien répondu, j’attendais juste qu’il me lâche.

Ce qui semblait être le dernier rayon de soleil de la journée a laissé un trait sur la façade avant de s’effacer.

Quand nous sommes entrés, le ciel virait au gris. C’était fou la vitesse à laquelle le temps venait de changer. Entre parenthèses, les champignons m’avaient paru un peu fades. Fallait-il voir dans un mauvais choix de légumes la cause de mon échec ?

La maison était plongée dans la pénombre. Nous sommes passés au salon où le vieux s’est effondré dans un fauteuil et s’est recroquevillé jusqu’à disparaître à moitié dans les coussins.

Par contre, ai-je encore pensé en cherchant le bar, inutile d’aller fouiner  du côté des carottes, j’en répondais comme de moi-même.

—Je vais préparer du café, a lancé Lucie, tuant dans l’œuf mes espoirs d’apéro.

On entendait le tonnerre gronder au loin. C’était bien le seul bruit perceptible dans la pièce, avec le tic-tac de deux vieilles pendules sur la commode. J’ai pris les antiquités en main pour les admirer, mais je les ai rapidement redéposées au hasard parce que Lucie venait de revenir et me lançait un regard mauvais.

Le vieux pleurait en silence alors que, pour ma part, toujours plongé en plein doute, j’éprouvais des difficultés à me concentrer, j’avais pour tout dire un mal de chien à faire le vide dans ma tête, d’autant plus que je me demandais si je n’avais pas trop cuit les pâtes.

Le café était trop léger, j’y ai à peine trempé les lèvres. Lucie et son grand-père ont bu leur tasse avant de recommencer à parler. Ils ne se préoccupaient pas de moi, j’en ai profité pour filer à la cuisine me servir un verre d’eau.

Au moment où les premières gouttent frappaient les vitres, je me suis dit que j’avais probablement abusé du parmesan et que le goût de ma sauce pouvait en avoir été altéré.

Tout en buvant, j’ai jeté un œil à l’extérieur. Sous l’averse, les deux chats ramenaient le chien vers la maison. Je leur ai ouvert la porte. Ils sont allés s’installer sous le radiateur, collés l’un à l’autre comme de vieux camarades.

—Marc, a appelé Lucie, tu peux venir ?

Quand je suis entré au salon, les éclairs commençaient à zébrer le ciel. Lucie avait allumé un lampadaire qui projetait une ombre blafarde sur le grand-père qui n’avait pas besoin de ça pour paraître pâle comme la mort.

À bien y réfléchir, n’avais-je pas été trop optimiste en ce qui concernait mes carottes ?

—Je vais aller voir le corps et régler les détails de l’enterrement, m’a dit Lucie en reniflant. Tu dois rester avec lui. Et remets les pendules à leur place, a-t-elle encore ajouté avant de sortir, me laissant seul avec l’ancêtre.

 

Le château de sable

—J’ai envie de pisser, dit Laura en se penchant vers moi par-dessus le siège.

—Eh, Laura a envie de pisser, renchérit Lynn et elle part d’un grand rire hystérique qui envahit l’habitacle, se répercute sur les vitres et tourne autour de nos cerveaux pendant quelques secondes.

Une sensation particulièrement désagréable.

—Ta gueule, lance Ray sans bouger la tête.

L’autre se le tient pour dit, se renfrogne au fond du siège avant de se mettre à bouder comme une gamine.

Ray se redresse d’un air satisfait.

Nous glissons sur l’autoroute comme sur une mer d’huile, seuls au monde depuis près d’une heure. Le compteur indique 197 et l’horloge 1:28. J’appuie sur le champignon, observant au passage le ciel dégagé où un croissant de lune éprouve de la peine à se faire une place parmi des dizaines d’étoiles.

—Il n’y a pas autre chose ? demande Ray en montrant du doigt l’autoradio.

Tout à l’heure, j’avais trouvé une station qui diffusait du rock, mais l’émission était finie depuis belle lurette et ils étaient passés à des trucs beaucoup moins digestes.

—Regarde dans la boîte à gants.

Il sort une pile de CD, fait son choix et insère une rondelle dans le lecteur. Dès les premières notes, je reconnais les Pixies. Ce gars n’est pas mon copain pour rien, il a un goût sûr dans presque tous les domaines. Je bénis régulièrement Dieu de l’avoir rencontré.

—Merde, Raymond, qu’est-ce que c’est que cette musique ?

Cette fois, il prend le temps de se retourner vers Lynn avant de lui aboyer à la figure.

—Putain, combien de fois je t’ai déjà dit de pas m’appeler comme ça ! Mon nom, c’est Ray, pas Raymond ! Bon sang, c’est quand même pas compliqué à retenir, même pour un petit cerveau comme le tien.

En vérité, il s’appelle bel et bien Raymond, mais, qui l’en blâmerait, il ne tient pas à ce que cela s’ébruite. Ses parents l’avaient ainsi baptisé en souvenir d’un grand-père mort peu avant sa naissance.

—Mes propres parents, avait-il soupiré un jour que je le questionnais sur l’origine de son prénom, ni plus ni moins que ma mère et mon père qui me plantent un coup de couteau dans le dos, tu y croirais toi que ta propre famille soit capable de te faire un mauvais coup comme celui-là ?

Il est terriblement pointilleux sur le sujet.

Le miroir que j’ai fait installer au-dessus de mon rétroviseur intérieur me permet d’observer la banquette arrière. Lynn tire la gueule, Laura serre les jambes pour se retenir tandis que Chloé et Katty, collées l’une à l’autre, s’embrassent à pleine bouche et se caressent sans complexe.

Avec Ray sur le siège passager, nous sommes six dans la voiture, en route vers la mer. Laura a lancé l’idée deux jours plus tôt en fin de soirée, en terminant la bouteille de whisky.

Je suis passé les chercher dans mon 4x4.

Le problème s’est posé devant chez Laura. Lynn était semble-t-il venue lui rendre visite et maintenant, elle était prête à embarquer avec nous pour notre escapade nocturne.

Personnellement, ça ne me dérangeait pas, mais Ray n’a jamais pu la saquer. J’ai dû négocier ferme, il menaçait de nous lâcher si elle nous accompagnait.

—C’est bien parce que c’est toi, il a fait après m’avoir écouté, mais je te préviens, je peux pas jurer que je parviendrai à me taire.

—Je veux pas t’en demander trop, j’ai dit avec un sourire.

Bien entendu, il a fini par craquer.

Chloé vient de passer sa main dans la culotte de Katty qui se cambre sous la caresse. Sa copine en profite pour lui lécher les seins et elle répond par de légers gémissements de plaisir.

Heureusement que la voie est libre, heureusement qu’il n’y a pas une voiture à trois kilomètres à la ronde, parce que je ne regarde plus la route qu’à l’occasion, les yeux braqués sur le spectacle là derrière. Ray s’est penché sur le côté pour fixer le miroir et ne pas en perdre une miette. De son côté, Lynn fait tout pour ne pas toucher les deux excitées, mais ce n’est pas évident. Quatre sur le siège arrière, même en considérant que Katty est à califourchon sur Chloé, ça fait serré.  Laura a d’autres priorités au niveau du bas-ventre pour se préoccuper de ce qui se passe à ses côtés. Elle se lève légèrement et me tape sur l’épaule.

—Franck, je te jure que c’est pressé, elle dit avec une drôle de voix de petite fille. Faut t’arrêter, je ne vais plus tenir longtemps.

—On n’est plus si loin. On y sera dans une demi-heure.

—Frank, elle supplie.

 —D’accord, on s’arrêtera au prochain parking, t’énerve pas.

—Frank !

—Il n’y a que la bande d’arrêt d’urgence ici, ma belle, je réponds calmement.

—Mais, Bon Dieu, C’EST UNE URGENCE !, elle hurle. Je te préviens, si tu ne stoppes pas cette bagnole immédiatement, je me soulage sur tes sièges.

Je prends une seconde pour apprécier les risques de la voir mettre sa menace à exécution. Risques qu’après cette courte réflexion j’estime élevés. Je ralentis progressivement et finis par me ranger.

Laura saute hors de la voiture, bondit au-dessus des barrières de sécurité et prend à peine le temps de baisser sa culotte avant de s’accroupir. Lynn, Ray et moi sortons à sa suite. Chloé et Katty ne se sont pas aperçues que l’on s’était arrêté.

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Rencontre entre Michel Thauvoye et ses lecteurs chez Polar & Co à Mons, le 3 mai 2013

 

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Alain Devalck, le propriétaire de la librairie et Michel Thauvoye

 

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 Ses éditeurs, l'auteur et sa famille, du moins une partie 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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