Belgique, terre d'aphorismes

Belgique, terre d'aphorismes

Le livre-événement de cet automne 2018

 

320 auteur(e)s, 2000 aphorismes 

Couverture anthologie

Belgique, terre d'aphorismes, Anthologie subjective, Michel Delhalle, ISBN: 978-2-930659-77-0,  306 pages, 17 €

Préface de Chrsitine Béchet, postface de Jean-Philippe Querton, illustration de couverture d'Emelyne Duval

 

Extrait de la préface:

Déguisé en homme ordinaire, Michel Delhalle est en réalité un exceptionnel manieur de ces phrases qui révèlent au quotidien leur part d'incongruité. Il trouve au bon moment le bon mot pour décapiter la bêtise, la médiocrité ou la fatuité. C'est qu'il se nourrit depuis longtemps des plus illustres manieurs d'aphorismes, ces pépites de la pensée qui, avec parcimonie, révèlent ce que les habitudes occultent. De Adler à Wouters, en passant par Bernier, Chavée, Michaux ou Scutenaire, il a promené ses recherches à travers les auteurs les plus imprévus pour nous révéler leurs faces cachées, leurs penchants secrets.

Je le répète, méfiez-vous de ce Michel Delhalle qui manie l'aphorisme avec la dextérité redoutable d'un fleurettiste. Aussi modeste que curieux, il consacre une grande partie de son temps à explorer les écrits de nos auteurs belges et traque la phrase qui fait mouche. Il en a débusqué des inimaginables, des surprenantes, trouvées avec la force tranquille (obsessionnelle?) de ceux qui systématisent les choses consciencieusement et ne lâchent jamais prise.

Michel Delhalle est simple. S'il essaye de vous faire croire qu'il n'est qu'un amateur, un bibliothécaire de province qui cultive sa marotte comme d'autres soignent leurs poules ou entretiennent leur jardin, pour passer le temps, méfiez-vous car c'est un érudit, un incomparable maitre ès aphorismes : il les connait dans tous leurs états, couchés, assis, debout, énergiques, pataphysiques, démocratiques ou monarchiques... Il les a tous examinés avec circonspection pour les trier et nous en offrir une décoction sur un plateau d'argent, mitonnés à sa sauce. Ni trop épicée ni trop fade. Piquante juste comme il faut.

Le matériau rassemblé est riche et multiple, agencé avec intelligence, structuré méthodiquement, presque pédagogiquement, et donne un aperçu détonnant du paysage de l'aphorisme en français de Belgique. Diantre, plus de 300 auteurs, c'est une illustre moisson! D'autant que chacun est agrémenté d'une courte biographie, émaillé de notices bibliographiques rigoureusement établies et de huit aphorismes élus. Sans oublier quelques coups de cœur ajoutés pour le plaisir du concepteur... et le nôtre !

Christine Béchet

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Préambule (extrait)

On parlera plutôt de réflexions (Max Laire), de décoctions (Achille Chavée) ou d’inscriptions chez Louis Scutenaire. Marcel Mariën appelle ses petites formules des contre-verbes. C’est dire si le champ d’horizon est très vaste et que chacun pourra y trouver son compte.

Les auteurs belges d’aphorismes font partie intégrante de ce « pays d’irréguliers » dont parle Marc Quaghebeur dans son livre éponyme[1]. Ce sont des magiciens du langage qui veulent toujours tordre le cou aux mots, aux idées reçues et à toutes les conventions. Ils aiment détourner les phrases célèbres, les citations ou les proverbes pour leur donner un autre sens et leur apporter un peu d’humour ou de poésie.

C’est Paul Nougé qui reprend un morceau de phrase écrite sur un mur (un graffiti avant la lettre) : « Poussez la porte » et y ajoute : « le soleil est à l’intérieur ». Ou encore Jean Dypréau qui déclare : « Je suis l’homme de ma vie ». Un modèle de précision et de concision.

Je rejoins André Stas quand il note que « écrire court ne veut pas dire écrire vite » ! Tout  le travail de l’aphoriste est résumé dans cette remarquable réflexion.

Notre pays compte un très grand nombre d’auteurs d’aphorismes qui se distinguent dans les domaines les plus variés : poésie, graffiti, publicité… On y rencontre aussi des journalistes, des écrivains, des architectes, des photographes qui illustrent leurs clichés de courtes légendes et beaucoup d’auteurs qui diffusent des formules intéressantes sur leur blog ou sur les réseaux sociaux.

Beaucoup d’entre eux sont issus du monde surréaliste. La Belgique Sauvage[2] fut un important vivier d’auteurs et d’idées et les écrivains d’aujourd‘hui poursuivent cette tradition avec ferveur et enthousiasme.

L’aphorisme est à la fois riche et multiple dans sa diversité, il représente la liberté d’esprit dans sa conception la plus noble et permet aux auteurs de s’exprimer sans contrainte littéraire ou philosophique.

 

[1] Marc QUAGHEBEUR, Un pays d’irréguliers, Labor, coll. « Archives du Futur », 1990

[2] Les revues Phantomas, Temps Mêlés et le Daily-Bul furent des émanations de la Belgique Sauvage post-surréaliste.

Michel Delhalle

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Aphorismes sur l'aphorisme

Le vers solitaire est-il à l’origine de tous les aphorismes ?

Éric Allard

L’aphorisme est un cataplasme de consolation.

Claude Bauwens

Comme un bon aphorisme doit se mordre la queue, le désespoir fait vivre.

Achille Chavée

Il disait que l’intérêt majeur de ses aphorismes était de meubler ses insomnies.

Ghislain Cotton

L’aphorisme est le petit caillou dans la chaussure de la poésie.

Alain Dantinne

Les meilleurs aphorismes sont ceux des Jivaros.

Éric Dejaeger

Et si l’aphorisme n’était que la face cachée de la littérature ?

Jean-Louis Massot

L’aphorisme n’a jamais guéri un rhume, mais il peut faire éternuer de plaisir.

Jean-Loup Nollomont

L'aphorisme c'est un texte qui s'arrête avant qu'il ne soit trop tard.

Jean-Philippe Querton

Les aphorismes sont les enfantillages de la pensée.

André Stas

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Denis Billamboz chronique le livre:

L’aphorisme, cette forme littéraire dont peu connaissent réellement la définition et dont tous ceux qui en produisent ne sont pas toujours d’accord sur sa forme et son sens, il fallait en écrire la bible, le document de référence disant ce qu’est un aphorisme et recensant tous ceux qui en ont produit et qui, pour certains, en produisent encore. Michel Delhalle l’a fait et Cactus inébranlable Edition l’a publié. Dans sa préface, Christine Béchet écrit :

« Michel Delhalle est en réalité un exceptionnel manieur de ces phrases qui révèlent au quotidien leur part d’incongruité. Il trouve au bon moment le bon mot pour décapiter la bêtise, la médiocrité ou la futilité ». Cette « anthologie fait œuvre de salubrité publique et est vivement recommandée pour ses effets préventifs – voire curatifs ! – contre tous les désenchantements ».

Michel Delhalle dit qu’avec cette anthologie il a cherché à démystifier ce mot que chacun accommode à sa façon et que même les éditeurs rechignent à utiliser, on parle souvent de réflexions, de décoctions, d’inscriptions, de pensées, etc… mais très rarement d’aphorismes. Cette fleur littéraire s’épanouit particulièrement bien en Belgique où le terreau a été longuement et patiemment cultivé par les surréalistes, il était donc devenu nécessaire de dresser cet état des lieux pour accorder toute sa place à ce genre littéraire dans la culture belge.

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Michel Delhalle

Alors pour que ce genre littéraire, que ces inventeurs de formules courtes et percutantes, trouvent toute leur place dans « Un pays d’irréguliers » cher à Marc Quaghebeur, Michel Delhalle s’est mis au travail, il a lu, lu, lu, noté, noté, classé, reclassé, reclassé encore et il a fini par dresser environ deux-cent-cinquante fiches, je n’ai pas compté mais, si la pagination est juste, je ne devrais pas être très loin du compte. Une fiche par auteur, par groupe ou mouvement littéraire et une fiche aussi par revue ou support spécialisé dans le genre. Sur chaque fiche, il y a le nom de l’auteur, du mouvement, de la revue, … quelques mots sur ses origines, son parcours, huit aphorismes choisis pour chacun d’eux et ses principales références bibliographiques. Le tout emballé de la préface de Christine Béchet, d’un préambule de l’auteur, d’un bref historique et quelques avertissements de l’éditeur qui a ajouté une postface pour bien cerner le sujet.

En introduction à  son œuvre, l’auteur donne quelques indications pour bien préciser le sujet qu’il veut explorer :

l’« Aphorisme vient du grec aphorismos qui veut dire définition ». « Au même titre que les citations, les maximes ou les pensées, les aphorismes font partie d’un genre littéraire qu’on appelle les formes brèves, mais que l’on ne s’y méprenne pas, ce n’est pas un genre mineur, c’est un style littéraire à part entière et les plus grands noms de la littérature lui ont donné ses lettres de noblesse ».

André Stas abonde en déclarant : « écrire court ne veut pas dire écrire vite ». L’auteur a aussi laissé la parole à d’autres auteurs qui ont un avis sur la question, j’en ai choisi trois au hasard pour montrer la diversité des points de vue :

Éric Allard : « Le vers solitaire est-il à l’origine de tous les aphorismes ? »

Théophile de Giraud : « Aphorisme : équivalent d’un roman sans toutes les phrases inutiles. »

Alain Dantine : « L’aphorisme est le petit caillou dans la chaussure de la poésie. »

Dans ce vaste inventaire, cette anthologie regroupe des hommes célèbres, des grands noms de la littérature belges : Henri Michaux, Achille Chavée, Louis Scutenaire, Marcel Mariën, André Stas et bien d’autres encore mais aussi des auteurs moins connus et même méconnus, des gens qui ont laissé leurs pépites au fond de leur tiroir. J’y ai trouvé des personnalités bien connues, des amis, des auteurs que j’ai déjà lus, des auteurs que j’aimerais lire et des gens inconnus pour moi que désormais j’aimerais mieux connaître dont j’aimerais au moins lire quelques lignes.

Je ne voulais pas clore cette chronique sans soumettre quelques spécimens à votre dégustation, comme Je ne voulais pas choisir parmi les deux milliers d’aphorismes proposés dans cette anthologie, j’ai puisé au hasard dans les coups de cœur & coups de chapeau choisis par l’auteur, ils sont tous aussi goûteux et savoureux :

  • Gérard Adam : « L’eau oxygénée ne manque pas d’air. »
  • John Ellyton : « Il ne faut pas confondre un oncle mort prématurément et une tante hâtive de suicide.»
  • Philippe Leuckx : « J’écris tous les jours et tous les jours m’écrivent. »
  • Georges Simenon : « Les gens vraiment dangereux portent en général un smoking. »
  • Franck Herlemont : « Il se protégeait souvent à l’ombre d’un doute. »
  • Roger Cantraine : « Les phares n’éclairent que les évidences.»
  • Alain Delbrassine : « L’eau pétillante n’est que le rire de la pluie. »
  • Ernest Pirotte : « A force de mâcher ses mots, il contracta une gastrite, ce qui le rendit muet. »

Je suis convaincu que ce magnifique ouvrage, fruit d’un colossal travail, trouvera sa place sur les rayonnages de toutes les bibliothèques de Belgique et d’ailleurs encore, qu’elles soient universitaires, académiques, publiques, populaires ou je ne sais quoi. Cette anthologie était indispensable désormais elle est. Mais avant de peupler les étagères des bibliothèques, je suis convaincu qu’elle vous procurera un grand moment de bonheur au moment de sa lecture. Je ne vous donnerai qu’un seul conseil, ne vous laissez pas emporter par votre enthousiasme, faites durer le plaisir.

Préface de Christine Béchet, postface de Jean-Philippe Querton.

L’illustration de couverture est d’Emelyne Duval 

 

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